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La santé dépend plus des précautions que des médecins - Jacques Benigne Bossuet

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(© takasu - stock.adobe.com)

Oui, le syndrome du cœur brisé existe et il peut être aussi dangereux qu’un infarctus

Souvent pris à tort pour une crise cardiaque, le syndrome du cœur brisé, ou syndrome de Takotsubo, se manifeste par une déformation du cœur due à une très forte émotion.

Le décès d’un proche, une dispute avec l’amour de sa vie, la victoire de son équipe de football préférée sont autant d’événements où les émotions peuvent nous submerger, au point d’avoir l’impression que notre cœur pourrait exploser. Et dans de rares cas, c’est effectivement ce qui se produit. Chaque année en France, 3000 personnes sont victimes du syndrome du cœur brisé, aussi appelé syndrome Takotsubo (TTS). Suite à un stress émotionnel intense, le cœur se déforme, ce qui l’empêche d’assurer son rôle et peut conduire à un accident cardiovasculaire grave.

Comment une émotion peut-elle avoir un tel impact? Une récente étude suggère que ce pourrait être l’œuvre du cerveau! Une équipe de chercheurs de l’hôpital universitaire de Zurich (Suisse) a analysé l’activité cérébrale de 15 patients souffrant d’un syndrome Takotsubo et l’a comparée à celle de 39 personnes en bonne santé. «Nos résultats montrent que les patients avec un TTS ont une connectivité cérébrale altérée qui se traduit par un traitement des émotions différent. Cela pourrait les rendre plus sensibles aux émotions fortes», résume le Dr Jelena Templin-Ghadri, coauteure de ce travail publié le 5 mars 2019 dans l’European Heart Journal.

Qu’est-ce que le syndrome du cœur brisé?

Le syndrome Takotsubo a été décrit pour la première fois en 1991. Souvent pris pour un infarctus, en raison de symptômes proches, le TTS a une origine tout à fait différente. Alors qu’un infarctus est provoqué par l’obstruction d’une artère coronaire, le TTS est dû à la déformation du ventricule gauche du cœur, qui n’arrive alors plus à assurer sa fonction de pompe et ne peut alors pas envoyer suffisamment de sang dans notre corps pour permettre son bon fonctionnement.

Le diagnostic repose sur une échocardiographie (qui permet d’observer la forme en amphore que prend le cœur dans ce syndrome), ainsi que sur une coronarographie qui atteste du bon état des artères coronaires. Le syndrome du cœur brisé touche principalement les femmes de plus de 50 ans et serait responsable d’environ 5% des crises cardiaques chez ces dernières. Mais ce chiffre pourrait être sous-estimé. «Ce syndrome reste encore sous-diagnostiqué et méconnu, même parmi les cardiologues», regrette le Dr Templin-Ghadri.

« Ce syndrome reste encore sous-diagnostiqué et méconnu, même par les cardiologues » Dr Templin-Ghadri

Le TTS survient généralement à la suite d’une émotion forte mais peut aussi être causé par certains chocs physiques, tels qu’une crise d’asthme ou un AVC. Cependant, les mécanismes ne sont pas entièrement compris. «Les chercheurs se concentrent trop sur le cœur et oublient l’importance du cerveau dans cette maladie», souligne la cardiologue.

De précédentes recherches suggèrent que des difficultés à gérer le stress et les émotions fortes peuvent prédisposer à ce syndrome. «On a tous une capacité d’adaptation, mais pour certains cette capacité est diminuée, peut-être à cause d’expériences de vie trop stressantes, et ça peut les rendre plus fragiles face à des nouvelles sources de stress aigu», illustre le Dr Clément Delmas, cardiologue au CHU de Toulouse.

Aussi dangereux qu’un infarctus

Longtemps considéré comme bénin à cause de son caractère transitoire (le cœur finit toujours par reprendre sa forme normale), le TTS ne doit pas être pris à la légère. Outre le risque important de récidive, la mortalité est presque aussi élevée qu’en cas d’infarctus du myocarde (3,7% contre 5,3%). Par ailleurs, les complications à la phase aiguë du TTS ne sont pas rares: «environ 10% des patients avec un TTS présentent une défaillance cardiaque aiguë où l’ensemble des organes est touché, augmentant le taux de mortalité à 25%», rappelle le Dr Delmas. Sans compter que ce syndrome augmente le risque d’avoir une maladie cardiovasculaire grave à long terme.

Pourtant, toutes les personnes n’ont pas le même risque de développer ce syndrome. La ménopause, par exemple, multiplie par 5 ce risque chez les femmes, probablement en raison de la chute de la concentration en œstradiol, une hormone connue pour ses effets cardioprotecteurs. Des antécédents de maladie psychiatrique (telles que la dépression), le diabète ou encore le tabac augmentent également ce risque.

Pour l’heure, il n’existe pas de traitement contre cette maladie: «Les traitements utilisés pour les infarctus du myocarde semblent peu efficaces pour remédier au TTS, même s’ils sont utilisés de manière empirique, constate le Dr Delmas. Mais les études récentes sur le lien cerveau-coeur devraient apporter de nouvelles pistes de recherches pour le développement de traitements spécifiques.»

Source: Top Santé